Gaëlle, vous avez imaginé Poomli à partir de votre propre grossesse vécue comme un « projet à gérer » : pouvez-vous nous raconter ce déclic personnel et comment il a façonné votre vision d’un baby planner 100 % digital pour structurer l’arrivée d’un enfant ?
Quand je suis tombée enceinte, j'ai vite réalisé que personne ne m'avait préparée à la charge mentale qui venait avec. Au-delà de l'émotion et de l'attente, il y avait une montagne de choses concrètes à anticiper : les démarches administratives, les rendez-vous médicaux à ne pas manquer, le budget, la liste de naissance, la valise de maternité, le projet de naissance, les courriers à envoyer à des dates précises. Tout était éparpillé, dans des coins de carnet, des captures d'écran, des onglets ouverts, des conseils contradictoires trouvés sur internet.
Très naturellement, comme je le fais dans ma vie professionnelle, je me suis mise à gérer ma grossesse comme un projet : avec un rétroplanning, des échéances, des priorités. Et là, le déclic : pourquoi est-ce que personne n'a structuré tout ça pour les parents ? On trouve des milliers d'articles isolés, mais aucun outil qui prend la femme par la main du tout début jusqu'aux premières années de l'enfant, en lui disant simplement « voilà où tu en es, voilà ce qu'il y a à faire maintenant, et voilà ce qui arrive ensuite ».
C'est de là qu'est né Poomli. Je voulais le baby planner que j'aurais aimé avoir : 100 % digital, parce que tout se joue aujourd'hui sur le téléphone, dans les transports, le soir après le travail. Un outil qui transforme cette charge mentale en un parcours clair et apaisé. Concrètement, Poomli accompagne les futurs et jeunes parents de la préconception aux 3 ans de l'enfant, avec un planning personnalisé selon le terme, plus de 300 tâches replacées au bon moment, des courriers prêts à envoyer, le suivi du budget, et une cinquantaine d'outils pensés pour chaque étape.
Mon obsession depuis le premier jour, c'est celle-là : qu'une femme n'ait plus jamais la sensation de naviguer à vue, mais qu'elle se sente accompagnée, organisée, et surtout sereine.
Très concrètement, si l’on prend un couple qui découvre sa grossesse aujourd’hui, à quoi ressemble un parcours type sur Poomli, de la pré-conception aux premiers mois de bébé ? Pouvez-vous illustrer comment les 300 tâches, les courriers et les outils s’articulent pour structurer ce « projet bébé » au quotidien ?
Le principe de Poomli, c'est de toujours répondre à une seule question : « où j'en suis, et qu'est-ce que je fais maintenant ? ». À l'inscription, le couple répond à un court questionnaire (terme, situation, attentes) et Poomli génère un planning entièrement personnalisé, replacé sur la bonne date. Ensuite, tout se déroule étape par étape, et surtout à deux.
Avant et au tout début (préconception et premières semaines). On accompagne déjà sur l'essentiel : les bons réflexes santé, les premiers rendez-vous à prendre, la déclaration de grossesse, les démarches employeur. Plutôt que de chercher partout, la future maman voit s'afficher les tâches du moment, au compte-gouttes, sans être noyée.
Pendant la grossesse. C'est le cœur du parcours. Les 300 tâches sont réparties intelligemment dans le temps : examens médicaux, démarches administratives, choix du mode de garde, préparation à la naissance. En parallèle, les outils prennent le relais sur le concret : le suivi du budget, la valise de maternité, le projet de naissance, l'organisation de la baby shower, la liste de naissance. Et nos courriers prêts à l'emploi (près de 50) règlent ce qui angoisse le plus : la lettre à l'employeur, au notaire, à la CAF, à la crèche, qui s'affichent au bon moment, déjà rédigées, il n'y a qu'à envoyer.
Les guides ressources, à chaque étape. Au-delà des tâches, Poomli propose de vrais contenus de fond, élaborés en collaboration avec des professionnels : l'allaitement, l'alimentation pendant et après la grossesse, le post-partum, le sommeil de bébé. L'idée, c'est d'offrir une information fiable et vérifiée, au lieu de laisser les parents se perdre dans des conseils contradictoires trouvés sur internet.
À la naissance et les premiers mois. Poomli bascule automatiquement en mode post-partum : démarches de naissance, suivi de bébé et récupération de la maman. Et les outils suivent le rythme du nouveau-né : le suivi des tétées et un outil de tire-allaitement, la diversification alimentaire le moment venu, ou encore le carnet des premières fois de bébé pour garder une trace de chaque étape. Le planning évolue avec l'enfant, jusqu'à ses 3 ans.
Et tout cela, à deux. C'est sans doute ce qui me tient le plus à cœur : Poomli est pensé pour le couple, pas seulement pour la maman. Le coparent a son propre accès, suit le planning et reçoit les rappels. Surtout, on peut lui assigner directement des tâches : chacun voit qui fait quoi, et la charge mentale n'est plus portée par une seule personne, elle se partage vraiment. Le projet bébé devient un projet commun, balisé, serein, qui se consulte en cinq minutes le soir depuis son téléphone.
Vous avez choisi d’aborder l’arrivée d’un enfant sous l’angle de la gestion de projet (médical, administratif, financier, logistique). En quoi cette approche « très organisée » peut-elle apaiser la charge mentale des futurs parents sans transformer la grossesse en check-list anxiogène ?
C'est exactement la tension qu'on a travaillée dès le départ, parce qu'une liste de tâches infinie, ça angoisse au lieu de rassurer. La charge mentale ne vient pas du fait d'avoir des choses à faire, elle vient de devoir tout retenir, tout anticiper et avoir peur d'oublier. Notre rôle, ce n'est pas d'ajouter une to-do de plus, c'est de prendre cette charge à notre compte.
Concrètement, ça repose sur trois principes.
On ne montre que le bon moment. Le parent ne voit jamais les 300 tâches d'un coup. Il voit ce qui le concerne maintenant, au compte-gouttes. De la même façon, les outils se débloquent au bon moment, en fonction du mois de grossesse : la valise de maternité n'apparaît pas au premier trimestre, la diversification arrive quand bébé est là. Le reste est là, géré, mais en arrière-plan. On enlève la peur d'oublier, sans donner le vertige.
On dédramatise et on accompagne. Chaque tâche est expliquée simplement, et quand c'est anxiogène (une démarche administrative, un courrier), on fournit l'outil ou la lettre toute prête. On ne dit pas seulement « il faut faire ça », on dit « voilà comment, et c'est déjà à moitié fait ».
On respecte le rythme et l'émotion. Rien n'est obligatoire, rien ne culpabilise. On peut masquer ce qui ne nous concerne pas, avancer à son tempo. Poomli n'est pas un professeur qui note, c'est un allié bienveillant.
Et surtout, on ne pense pas qu'à l'organisationnel. L'idée, c'est aussi de créer des moments complices, de préserver le couple avant l'arrivée de bébé. Poomli glisse au bon moment ces petites choses précieuses que l'on oublie facilement dans le tourbillon : prendre soin de sa relation, s'offrir un dernier week-end à deux, écrire une lettre à son bébé à naître. Ce sont souvent ces instants-là dont on se souvient le plus.
Au fond, l'organisation n'est pas une fin en soi, c'est un moyen. Si tout l'opérationnel est cadré et apaisé, le couple a justement l'espace mental pour vivre pleinement ce qui compte vraiment : l'émotion, le lien, l'attente de leur enfant. C'est ça, pour moi, la vraie réussite : que la technologie s'efface pour laisser place à la sérénité.
Le métier de baby planner est né aux États-Unis, mais vous l’avez réinventé en version digitale adaptée au contexte français. Quelles spécificités culturelles, réglementaires ou pratiques vous ont obligée à repenser complètement le modèle américain pour le rendre pertinent ici ?
Aux États-Unis, le baby planner est avant tout un service de conciergerie humaine, souvent haut de gamme, réservé à une clientèle aisée : une personne vous accompagne physiquement, vous conseille sur les achats, organise votre baby shower. C'est un modèle individuel, coûteux, et très lié à une culture de la consommation autour de la naissance.
J'ai voulu prendre le contre-pied sur trois plans.
Le modèle. Plutôt qu'un service réservé à quelques-unes, j'ai fait le choix du digital pour démocratiser l'accompagnement. Pour le prix d'un café par semaine, chaque parent y a accès, partout en France. On passe d'un luxe à un outil pour tous.
Le réglementaire et l'administratif. C'est là que tout le modèle américain s'effondre, parce qu'il n'est tout simplement pas transposable. Cela commence par la base : la date de terme elle-même n'est pas calculée pareil. En France, on compte en semaines d'aménorrhée avec un terme à 41 SA, là où les États-Unis raisonnent en 40 semaines de grossesse. Et c'est cette date qui pilote tout le planning. Au-delà, la France a un système social dense et très spécifique : la déclaration de grossesse, les rendez-vous médicaux obligatoires, le congé maternité et paternité, la CAF et la PAJE, la sécurité sociale, le choix entre crèche et assistante maternelle, l'inscription parfois un an à l'avance. Tout l'enjeu, et c'est le cœur de Poomli, c'était de cartographier précisément ce parcours français, de replacer chaque démarche à la bonne date et de fournir les bons courriers. Un parent américain et un parent français n'ont quasiment aucune échéance en commun.
La culture. Le rapport à la grossesse n'est pas le même. En France, on est moins dans la mise en scène et la consommation, davantage dans le suivi médical et l'intime. La baby shower en est un bon exemple : longtemps perçue comme très américaine, elle séduit de plus en plus les parents français, mais à leur manière, plus intime. On propose donc un outil pour l'organiser, sans tomber dans la surenchère consumériste d'outre-Atlantique. J'ai construit un ton premium mais sobre, bienveillant, sans surenchère, qui parle aux parents d'ici.
Au fond, je n'ai pas traduit un produit américain, je suis repartie de la réalité concrète d'un couple français. Le concept de baby planner m'a inspirée, mais l'outil, lui, est entièrement pensé pour notre système et notre culture.
Poomli intègre un chatbot et a été développée grâce à l’IA alors que vous n’avez pas de formation en développement logiciel. Comment l’intelligence artificielle change-t-elle, selon vous, la façon d’accompagner les futurs parents, et où placez-vous la limite entre assistance numérique et besoin d’accompagnement humain ?
L'IA a d'abord changé ma propre histoire. Je n'ai aucune formation en développement, et il y a quelques années, créer une application aussi complète aurait demandé une grosse équipe technique et un budget que je n'avais pas. L'IA m'a permis de construire Poomli moi-même. Mais que les choses soient claires : cela ne s'est pas fait en un clic. J'y ai passé énormément d'heures, à tout penser, tester, recommencer, en partant du terrain et du vécu des parents plutôt que de la technique. L'IA a été un formidable outil, mais le travail, la vision et la rigueur sont bien les miens. C'est une vraie démocratisation : ce sont les personnes proches du besoin qui peuvent désormais créer les solutions, à condition d'y mettre l'énergie.
Pour les parents, l'IA change l'accompagnement sur deux plans.
La personnalisation. Chaque grossesse est unique, et l'IA permet d'adapter le parcours à la situation réelle de chacun, au lieu d'un guide générique et figé. Le contenu vient à la personne, pas l'inverse.
La disponibilité. Notre chatbot répond à toute heure, y compris à 3 heures du matin quand une question surgit et qu'on n'ose déranger personne. J'insiste sur un point essentiel : il ne donne aucun conseil médical. Il accompagne sur l'organisation, les démarches, le parcours, le « qu'est-ce que je fais maintenant ». Une information fiable et apaisante sur le concret, au lieu de laisser les parents se perdre dans des forums et des conseils contradictoires.
Mais c'est précisément là que je place une limite très claire, et j'y tiens beaucoup. L'IA n'est ni un médecin, ni une sage-femme, ni un psychologue. Elle informe, oriente, organise, rassure sur le quotidien, mais elle ne pose aucun diagnostic et ne remplace jamais un professionnel de santé. Notre rôle, au contraire, c'est souvent de dire « là, il faut consulter ». La technologie gère la charge mentale et logistique, pour justement libérer du temps et de l'énergie pour l'humain.
Et l'humain reste central dans Poomli. Le couple, d'abord, qu'on remet au cœur du projet. Et notre communauté, Les Poomlies, où les parents échangent entre eux, se soutiennent, partagent leurs vraies expériences. Aucune IA ne remplacera ce lien-là. Pour moi, la bonne place de la technologie, c'est d'être au service de l'humain, jamais à sa place.
Vous êtes partie d’une expérience très personnelle pour construire un outil scalable, avec un modèle par abonnement accessible. Quelles sont les prochaines étapes que vous imaginez pour Poomli : nouveaux services, partenariats (sages-femmes, maternités, mutuelles…), ouverture à d’autres moments de vie familiale ?
J'ai plein d'envies, mais une boussole : rester fidèle au besoin réel des parents, pas empiler des fonctionnalités. Je vois trois directions.
Approfondir les partenariats. C'est la suite logique. Je travaille déjà mes contenus en collaboration avec des professionnels, et je veux aller plus loin avec des sages-femmes, des professionnels de la périnatalité, des maternités. L'idée n'est jamais de remplacer l'humain, mais de créer des ponts : que Poomli devienne le compagnon digital recommandé en complément du suivi médical, celui qui prend en charge tout l'opérationnel autour.
Ouvrir l'accès via les entreprises et les mutuelles. C'est un axe qui me tient particulièrement à cœur, parce qu'il rejoint un vrai enjeu de société. Une étude de l'Apec de 2024 le montre bien : 71 % des femmes cadres estiment être encore mal accompagnées par leur entreprise à leur retour de congé maternité. C'est énorme. Je développe donc une offre à destination des entreprises, notamment dans les secteurs très masculins, pour accompagner leurs salariés qui deviennent parents, valoriser le rôle du coparent et soutenir concrètement les femmes pendant cette transition. Côté mutuelles et comités d'entreprise, l'enjeu est de rendre Poomli accessible au plus grand nombre, en le proposant comme un avantage social.
Élargir les moments de vie accompagnés. Aujourd'hui Poomli couvre de la préconception aux 3 ans de l'enfant. Mais la logique du « projet de vie à structurer sereinement » dépasse la petite enfance. Il y a d'autres étapes familiales où les parents se sentent tout aussi seuls et débordés, et où notre approche aurait du sens. C'est une réflexion de fond pour la suite.
Au fond, mon ambition reste la même qu'au premier jour : que plus aucun parent ne se sente seul ni débordé face à l'arrivée d'un enfant. Poomli est né d'une expérience très personnelle, et je veux qu'il devienne une évidence pour le plus grand nombre.
Pour conclure, quel conseil très concret donneriez-vous à des futurs parents qui se sentent submergés par tout ce qu’il y a à préparer avant l’arrivée de leur bébé, et comment aimeriez-vous qu’ils utilisent un baby planner digital comme Poomli pour vivre cette période de façon plus sereine ?
Mon conseil tient en une phrase : ne cherchez pas à tout faire en même temps, faites juste la prochaine chose. Quand on est submergé, c'est presque toujours parce qu'on regarde la montagne entière. Or on n'accouche pas demain. Chaque chose a son moment, et il suffit de s'occuper de ce qui compte aujourd'hui.
Très concrètement, je dirais trois choses.
Posez tout au même endroit. Arrêtez d'éparpiller l'information dans des notes, des captures d'écran, des onglets et des conseils contradictoires. Le simple fait de tout centraliser fait déjà retomber la pression.
Avancez pas à pas. Faites confiance au parcours. Un bon baby planner est là pour vous dire « voilà où tu en es, voilà ce qu'il y a à faire maintenant », et rien de plus. Le reste viendra en son temps, c'est prévu.
Partagez la charge. Ne portez pas tout toute seule. Impliquez votre coparent, assignez-lui des tâches, appuyez-vous sur une communauté de parents qui vivent la même chose. On traverse beaucoup mieux cette période à plusieurs.
C'est exactement pour ça que j'ai créé Poomli, et la façon dont je rêve qu'on l'utilise : pas comme une to-do de plus qui culpabilise, mais comme un allié qui range tout ce bruit pour vous. Vous ouvrez l'application cinq minutes le soir, vous voyez ce qui est à faire, vous le faites ou vous le déléguez, et vous refermez l'esprit tranquille.
Parce qu'au fond, ces neuf mois ne reviendront pas. Le vrai luxe, ce n'est pas d'avoir tout coché, c'est d'avoir eu la tête assez libre pour profiter pleinement de l'attente de son bébé. Si Poomli offre ça aux parents, alors j'ai réussi.
Pour en savoir plus : https://poomli.fr